Colombie, le diamant vert

Puis il fallut quitter Medellín, avancer, explorer plus encore la Colombie, franchir de nouvelles montagnes, toujours plus nombreuses et plus hautes, d’abord vers La Union où les serres de légumes, sous le soleil du premier mai, formaient sur la vallée une nappe d’acier, puis vers Nariño où l’armée circulait armes au poing devant les cafés et les boulangeries.

Il faut dire que nous avions décidé de poursuivre le voyage par des pistes reculées, difficiles, en arpentant des contrées impénétrables qui étaient longtemps restées une cache appréciée des combattants gauchistes et des milices en tous genres. Des mines et des maisons abandonnées, voilà à peu près ce qu’il restait de l’époque où les routes que nous empruntions aujourd’hui étaient sous contrôle des forces révolutionnaires. « Puerto Venus, libre de Minas » indiqua un petit panneau au centre du village où nous avions décidé de passer la nuit. Les temps changeaient et l’on s’ingéniait à nettoyer le passé pour édifier l’avenir.

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Depuis plusieurs jours, les déluges s’étaient intensifiés. Ils frappaient la campagne sans prévenir, de jour comme de nuit. Cela n’avait rien d’étonnant en pleine saison des pluies et les gens d’ici semblaient vivre ce climat sereinement, habitués à l’eau comme les touaregs au soleil, s’en allant au champ dans des bâches plastiques transformées en ponchos et chaussés de hautes bottes. Quand les nuages se soulevèrent enfin, que des coulées de brume descendirent des sommets en rampant comme des laves et que des arcs en ciel apparurent, il était temps de partir.

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Il nous fallut passer des gués gonflées par les pluies de la nuit et esquiver des effondrements de terrains gigantesques pour atteindre Arboleda où l’on faisait sécher des fèves de café sur la place. A l’épicerie du village où l’on trouvait notamment des fers pour chevaux et des outils rudimentaires, tous les anneaux étaient pris pour attacher un licol. Les rues exhalaient une odeur de crottin. Il n’y avait pas un moteur à la ronde et les hommes profitaient du samedi pour jouer au billard où boire une tinto avec leurs amis. Vers Pensilvania, la piste de gros cailloux s’étiraient en longues courbes abruptes dans les caféiers, enjambant de vieux ponts de fer, se forant parfois un boyau dans la végétation luxuriante. Plus haut, vers 2500 mètres d’altitude, les vapeurs enveloppaient les pins que les mules des bûcherons tiraient des forêts jusqu’au chemin. Il faisait soudain froid et l’on vit passer une chiva, un camion Chevrolet à transmission intégrale spécialement aménagé pour transporter des passagers sur les chemins de montagnes, qui disparut dans les virages nuageux.

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Quand la nuit tomba, nous n’avions pas avancé de plus de trente kilomètre dans le sierra Miraflores et nous étions au bout de nos forces. Nous avions atteint les tierra fria. Si quelques légumes poussaient ici pour compléter l’élevage, les bananiers et les caféiers avaient totalement disparu. Nous avons planté la tente dans le jardin d’une finca qui disposait, par chance, du seul terrain plat que nous avions vu de toute la journée. La fermière, une dame bien en pâte, nous traita comme les siens. Elle nous offrit deux verres de jus de lula avant de nous préparer des assiettes de haricots et de riz, avec de la viande de bœuf, du fromage frais et des œufs brouillés. En Colombie, l’accueil n’était jamais un vain mot. Son mari, un fil de chair qui n’avait plus un seul cheveu sur le caillou rentra plus tard du pré avec un seau qui contenait le lait de quatre vaches normandes. On alluma un feu de bois dans la petite cuisine pour chauffer le précieux liquide et je m’employai à tisonner les braises longuement. Quand la fermière plongea le doigt dans la marmite, le lait était tiède, parfaite température pour y ajouter la présure et une cuillerée de gros sel. Il n’y avait plus qu’à laisser le temps faire son travail, et nous à nous reposer comme des souches.

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Nous étions le dimanche 4 mai lorsque nous sommes entrés dans Pensilvania. Le bourg était en effervescence. Les cafés étaient combles. On y buvait de la liqueur Crystal devant des posters de chevaux et des tinto clairets coupés à la canne à sucre. Les panaderias où s’arrachaient des gâteaux de gélatine couenneuse ne désemplissaient pas, comme les restaurants, et la nef de l’église de la grande place n’était pas en reste. Des hommes passaient en se balançant sur leurs béquilles, broyé par une mine, tandis que des femmes défilaient en talons hauts pour fêter le repos. Dans la rue principale, des dizaines de chivas manœuvraient en désordre. Les cafeteros en ponchos de laine, venus à la ville pour chercher un outil ou vendre leur récolte, repartaient dans la sierra, sans jamais quitter leur chapeau, avec de gros sacs de jutes que des porteurs trapus entassaient sur les galeries sans le moindre égard. Tout le village se préparait tranquillement aux festivités de la grande feria qui se tenait chaque année à la fin mai tandis que nous fêtions l’anniversaire de Marion avec une tablette de chocolat Jumbo estampillée « edition limitada ».

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Une réflexion sur “Colombie, le diamant vert

  1. Avec un peu de retard : bon anniversaire cousine !
    Et bonne route à vous deux à venir dans ce fabuleux voyage. Cap au Sud !
    Raphael.

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